Proche aidance en santé mentale : pourquoi le soutien aux proches est essentiel
Dernière mise à jour : il y a 1 jour
Par souci de confidentialité, le prénom utilisé dans cet article est fictif.
Lorsqu’on accompagne un proche vivant avec un enjeu de santé mentale, il est parfois difficile de trouver du temps et de l’espace pour prendre soin de soi. À l’occasion de la Semaine nationale des personnes proches aidantes, une mère accompagnée par Arborescence revient sur son parcours et sur l’importance de pouvoir, elle aussi, recevoir du soutien.
« Au début, on est beaucoup dans les choses à faire. Il faut aider la personne, il faut s’occuper de tout. Toute notre énergie est consacrée à ça. »
Lorsqu’elle évoque ses premières années comme proche aidante, elle décrit un quotidien rythmé par les responsabilités, les démarches et les besoins de ses enfants vivant avec des enjeux de santé mentale. Dans ce tourbillon, il reste peu de place pour le repos, encore moins pour prendre soin de sa propre santé mentale.
Au fil des années, elle a appris à composer avec les difficultés, à chercher des ressources et à mobiliser différentes formes de soutien. Mais une chose lui a particulièrement manqué : un espace où elle pourrait déposer ce qu’elle vivait, sans avoir à tout expliquer ni à justifier ses émotions. C’est ce qu’elle a trouvé chez Arborescence.
“Une oasis au milieu de la tempête”
Il y a quatorze ans, Isabelle découvre Arborescence en faisant ses propres recherches pour trouver du soutien. Depuis, elle y est revenue à différentes périodes de son parcours, notamment lorsque le quotidien est devenu particulièrement exigeant.
« C’était le seul endroit où je sentais que j’avais ma place à 100 % comme proche. Je n’avais pas besoin d’expliquer mon quotidien. »
Elle décrit Arborescence comme une véritable oasis : un lieu où faire une pause, reprendre son souffle et retrouver suffisamment d’énergie pour poursuivre son chemin.
« Je suis au milieu de la tempête, je navigue dans ma vie, ça brasse de tous les côtés. Puis, à un moment donné, je peux faire une pause sur le bord. Je reprends mon souffle, je reprends de l’énergie, je reprends confiance. Et ensuite, j’y retourne. »
Ce soutien ne fait pas disparaître les difficultés. Il lui permet toutefois de prendre du recul, de mieux comprendre ce qu’elle traverse et de trouver des façons de composer avec les situations auxquelles elle fait face.
S’autoriser à prendre soin de soi
Dans un rôle où les besoins de la personne accompagnée passent souvent en premier, s’accorder du temps peut sembler difficile, voire illégitime. Cette maman se souvient notamment d’une période particulièrement éprouvante, alors qu’elle accompagnait sa fille dans un processus de placement. Son intervenante l’avait alors encouragée à prendre des vacances, malgré ses réticences à laisser temporairement la responsabilité à quelqu’un d’autre.
« On m’a encouragée à prendre soin de moi, à prendre soin de ma propre santé mentale. Et c’est grâce à ça que j’ai pu continuer à être là. »
Avec le recul, elle mesure combien il est important de reconnaître ses limites. Après des années à donner de son temps et de son énergie, elle a elle-même traversé une période de fatigue intense, au point de ne plus avoir la disponibilité émotionnelle nécessaire pour écouter les difficultés des autres.
« J’avais tellement donné que je n’avais plus rien à offrir. »
Son expérience rappelle une réalité essentielle : aimer une personne et vouloir être présent·e pour elle ne signifie pas disposer de ressources illimitées. La fatigue, l’impatience et le besoin de prendre ses distances peuvent aussi faire partie du parcours d’une personne proche aidante.
Prendre soin de soi n’est pas renoncer à prendre soin de l’autre. C’est aussi se donner les moyens de poursuivre cet engagement sans s’oublier complètement.
Être accompagné·e, sans avoir à tout recommencer
Au fil de son parcours, Isabelle a bénéficié de différentes ressources : services hospitaliers, groupes de soutien, psychothérapie et lignes d’écoute. Elle insiste sur leur complémentarité et sur l’importance de pouvoir trouver le type d’aide qui correspond à ses besoins, lesquels évoluent avec le temps.
Aujourd’hui, elle recherche particulièrement un accompagnement individuel, qui lui permet de prendre du recul et de réfléchir à ses propres façons d’agir. Elle apprécie également de pouvoir revenir vers Arborescence lorsque sa situation change ou qu’elle ressent le besoin d’être soutenue.
La continuité de la relation et la stabilité de l’équipe contribuent à ce sentiment de sécurité. Dans un parcours où les intervenant·es et les approches peuvent changer, savoir qu’un espace de confiance demeure accessible est rassurant.
« C’est plutôt une ressource dont je sais qu’elle est là, une présence constante. »
Elle souligne aussi l’importance de se sentir reconnue dans son expertise. Les proches connaissent la personne accompagnée au quotidien, observent son évolution et développent, au fil des années, une connaissance précieuse de ses besoins. Cette expérience mérite d’être entendue et valorisée, tout en reconnaissant que les proches ont eux aussi besoin d’être soutenu·es.
Se sentir compris·e, pouvoir exprimer ses doutes et recevoir un regard extérieur permet de ne pas porter seule la responsabilité des décisions et des difficultés.
Reconnaître les proches aidant·es, une responsabilité collective
Pour Isabelle, la reconnaissance de la proche aidance ne devrait pas se limiter aux remerciements. Elle devrait se traduire par davantage de compréhension dans les milieux de travail, les établissements de santé et l’ensemble de la société.
Comme les enjeux de santé mentale sont souvent invisibles, l’entourage peut avoir du mal à mesurer l’énergie et les efforts que l’accompagnement demande aux proches. Il arrive alors que leur réalité soit minimisée, avec l’impression que « ça ne doit pas être si pire ».
Contrairement à un handicap visible, qui suscite plus spontanément de la compassion envers la personne concernée et ses proches, les difficultés liées à la santé mentale restent souvent moins perceptibles et moins reconnues.
Derrière les rendez-vous, les démarches et les responsabilités parfois invisibles, il y a des personnes qui composent avec leur propre quotidien, leurs émotions, leur fatigue et leurs limites.
« Une attitude, un mot, une phrase de reconnaissance, ça ne coûte rien. Et ça peut faire toute la différence. »
Cette reconnaissance passe aussi par la compassion : comprendre qu’une personne peut être fatiguée, moins disponible ou à bout de ressources sans que cela remette en question l’amour qu’elle porte à son proche.
La proche aidance est un engagement qui transforme une vie. Elle mobilise du temps, de l’énergie et des compétences qui se développent au fil de l’expérience. Pourtant, celles et ceux qui l’assument ne disposent pas toujours du soutien nécessaire pour préserver leur propre équilibre.
À l’occasion de la Semaine nationale des personnes proches aidantes, rappelons que prendre soin des proches est une responsabilité partagée. Les organismes communautaires, les professionnel·les de la santé, les employeurs et la société dans son ensemble ont un rôle à jouer pour que les proches aidant·es puissent, eux aussi, trouver des espaces où souffler, être écouté·es et recevoir du soutien.




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